24.01.2010

L'ENFER DE DANTE

 

 

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18.01.2010

LES VIEUX


cloués  dans leur fauteuil comme le christ sur sa croix,

Ils regardent des images qui ne leur disent plus rien,

Bavant de certitudes apprises les yeux hagards,

Vanité et remord figés dans des cercueils de fer.

Ils oscillent du chef, le néant pour toute ossature,

Leurs bouches scellées comme une tombe austère

Et les mains crispées sur des gerbes de bois mort,

Les cheveux blanchis et grisants sentant le crin

Des larmes versées pour l’offrande tout de venin.

Ils n’ont plus le goût à la vie et celle-ci les fuit

Comme on fuit  la mort qui vient tout de suie,

Quand ils sont seul au bout du sombre chemin.

Ils ont la langue roussie en de vains dérapages,

Embarrassés de plus pouvoir tenir la distance,

Sous leurs aisselles rougies coule le silence,

Debout ou assis leurs branches de rameaux

Verdoient sous un limon de larmes en sanglots.

Ils s’invectivent tout mou, le langage entrecoupé

De lenteurs insupportables, le cerveau ramollit,

Desquamant sous des lézardes insoutenables,

Emmitonnés dans leurs couches avilissantes,

Que des mains invisibles  tiennent à leur merci.

Torchés entre deux phrases comme au premier âge,

Ils perdent peu à peu le peu qui leur reste d’humain,

Priants en cachette dans le silence des chambres

Où rodent les vieux ancêtres d’aficionados périls.

Ils portent leurs mains à leurs lèvres gercées

Sur lesquelles, le temps suspend son haleine fétide.

La potence au dessus de leur lit, sert de gyrophare,

La mort les surprend au tournant, en coulisse

Et ils décèdent seul dans le courant de la nuit,

Pliés en quatre, les membres scellés un à un

Comme les buches que le feu lèche des yeux.

Ils regrettent la position verticale de l’homme

En marchant de travers, les pas saccadés,

Vers des horizons où s’emmure la raison…

Un dernier exode pour le fun, rongés par la fin

De grâce ne les réveillez pas, ce serait inutile

Ils pourraient se disloquer, perdre l’équilibre,

S’effriter sous le choc d’un bruissement avorté.

Vingt ans qu’ils dorment, les vertèbres soudées

Le corps chaussé de momies d’un siècle et demi,

Les moignons rabotés par de vilaines nécroses

Et les pieds tordus assiégés de volubiles cors,

Laissez les dormir, de grâce, je vous en conjure !

Personne ne remarqua leur soudaine absence.

Ils ne sont plus que des ombres fuyant de givre,

Des manteaux de neige sur des épaules frêles,

Des mains froissées guettant de sous l’abribus,

Le dernier bus en partance vers la délivrance.

De leur discrète et petite mort annoncée,

Ils ne verront que l’étincelle d’une bougie,

Les murmures d’un vieil ami qui suit le cortège,

l'oeil rivé sur le corbillard et la bouche sans voix,

avant que la terre se referme sur le néant…

 

mohand-kenzi

CAMUS AU FER AU PANTHEON

Mon cher Camus! j'entends que tu pestes

Contre ceux qui se battent sur tes restes.

Ils veulent te mettre au fer au panthéon,

Ta mort ne leur a pas suffit, ils veulent cueillir les fruits

Ce n’est pas ton corps qu’ils veulent, c’est ton cadavre.

Que veulent-ils tous ces charlatans suceurs de sang,

L’homme, l’écrivain, le philosophe, le journaliste

La dépouille, l’anarchiste, l’ami des syndicalistes,

Le révolutionnaire, l’éternel rebelle, le libertaire,

Le français, l’algérien ou l’étranger…

Ils sont tous et toutes dans l’erreur

Et ce n’est pas une nouvelle à tes yeux.

Tu n’as jamais été du patrimoine national français,

Tu n’es d’aucun patrimoine Camus, tu es le monde…

Si tu étais encore là, tu te serais levé contre l’horreur,

Comme tu étais le seul à te lever contre la bombe nucléaire.

Mon cher Camus, ils veulent te mettre au fer au panthéon,

Alors, que tu es au dessus de tous les panthéons terrestres.

Cher camus, tu es la lumière d’entre les deux rives

Ils pensent sans doute dans ce geste apaiser ta colère,

Alors que le débat sur l’identité nationale est sur les braises.

Tu n’es le fruit d’aucune terre, d’aucun parti d’aucune patrie,

Tu es le fruit universel, le phare, que ferais-tu au panthéon,

Parmi tous ces illustres dont on ne retient jamais les noms.

Reste où tu es Camus parmi les tiens, loin des mercantiles

Marchands du temple…

 

* Le gouvernement français veut récupérer Albert Camus pour une intronisation au panthéon" L'homme libre au fer quelle ironie du sort.

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